Forêt Des Ondes

installation, radio naturelle - 2024

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Forêt Des Ondes est une installation sonore et un collectage de signaux radiophoniques VLF.

La première itération du projet a eu lieu à la suite d’une résidence d’un mois au Domaine Saint-Joseph, au Tholonet, au pied de la montagne Sainte-Victoire, accueillie par Paysage Endormi avec le soutien de Lab Gamerz.
L'installation a été ouverte au public du 5 au 7 avril 2024, dans le cadre de la Biennale d'Aix-en-Provence.

En utilisant des arbres comme antennes (la sève assurant une conduction électrique raccordée à la terre), le dispositif de Forêt Des Ondes capte et rend audible des phénomènes électromagnétiques qui évoluent en fonction de l’écologie du lieu : évènements électromagnétiques dans la magnétosphère, modulés par le jour et la nuit, la nature de l’arbre, le climat local et l’influence des infrastructures humaines.
Au Domaine Saint-Joseph, c’est un pin d’Alep qui a joué le rôle d’antenne : la sève assure la conductivité électrique, une vis de 4 cm permet de traverser le cambium pour atteindre l'aubier et la sève, la perforation cicatrise en quelques semaines une fois la vis retirée.
Le comportement de l'antenne dépend de l'état de l'arbre, durant la dormance en hiver ou en cas de sécheresse et de stress hydrique, la captation radiophonique en serait affectée.
L'antenne est un dipôle raccordé d'un côté à l'arbre et de l'autre à la terre. Sans cette liaison à la terre, l'énergie du récepteur déclenche une boucle de feedback.

Le module permettant l’écoute est composé d’un chevalet en bois de pin (un clin d'œil aux peintres qui ont fréquentés le Domaine). Il a été réalisé au Lab Gamerz et accueille une électronique adaptée du récepteur VLF conçu par Marco Picinelli.

Les ondes VLF (Very Long Frequencies) désignent la bande des radiofréquences comprises entre 3 et 30 kHz. Ces fréquences, dont les longueurs d’ondes vont de 100 à 10 kilomètres, ne présentent aujourd’hui qu’un intérêt limité pour les usages technologiques industriels, à l’exception de certains systèmes de communication avec les sous-marins ou en spéléologie, qui profitent de la capacité de l’onde à pénétrer dans l’eau ou le sol.
Elles véhiculent des phénomènes de “radio naturelle”, liés au rayonnement solaire et au champ électromagnétique terrestre. Les sons entendus forment une composition aléatoire à partir de différents éléments, en particulier :

  • Les signaux radio-atmosphériques : particules émises par les vents solaires ou l'activité électrique du globe, percutant la ionosphère. Les craquements et crépitements d'intensités variables sont appelés “sferics”. Plus rarement, on peut également entendre des “whistlers”, notes flutées et descendantes, générées par les orages aux latitudes équivalentes dans l'hémisphère sud, ayant voyagé jusqu'à nous le long du champ électromagnétique terrestre. À Aix-en-Provence le champ magnétique terrestre nous “branche” sur l'activité orageuse à l'ouest de l'Afrique du sud, dans l'océan Atlantique.
  • Les interférences électriques de l'environnement humain : les lignes haute-tension sont probablement la principale cause d'interférences au Tholonet, même distantes de dizaines de kilomètres. Des fréquences sonores continues apparaissent de manière intermittente dans les captations et semblent varier en intensité et en fréquence selon la météo. Une grande partie de ces signaux sont ultra-soniques et inaudibles pour l'oreille humaine.

Le montage des enregistrements disponible dans cette page documente les variations d’intensité de l’activité radio-atmosphérique sur 24 heures, ils mélangent les signaux radiophoniques avec l’ambiance du lieu, captée par un couple de micros.

Les photos sont de Sébastien Normand